Annie Collovald. Le « populisme du FN », un dangereux contresens

mardi 14 septembre 2004
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JPEG - 5.6 ko Le populisme a conquis, dans le milieu des années 1980, une place prédominante dans les commentaires politiques pour désigner des phénomènes qui, à l’instar du FN, étaient jusqu’alors pensés comme relevant de l’extrême droite.

Cette interprétation actuellement dominante dans différents secteurs du commentaire politique (histoire, analyse électorale, sondages, journalisme) voit dans le FN le premier parti ouvrier de France. Des analyses empiriques désignent les groupes populaires comme les principaux soutiens du parti de Jean-Marie Le Pen.

Classes populaires, hier classes dangereuses, aujourd’hui classes autoritaires par ressentiment, aveuglement, inclinaison atavique, mauvaise éducation ou anomie sociale et politique ?

Des analyses mal fondées, doublées de déformations interprétatives, imposent la figure fantasmatique d’un peuple menaçant pour la stabilité de la démocratie, et dénient une fois de plus ce qu’est la réalité sociale et morale des comportements politiques des groupes populaires. On manque du même coup une véritable analyse des raisons du succès du FN, de la particularité de son déloyalisme politique et de la nature du danger qu’il incarne pour la démocratie. On évite aussi de se poser une question importante pour comprendre comment peut tenir une telle interprétation, si imprégnée de racisme social et si éloignée de toute réalité : à qui et à quoi sert l’autoritarisme prêté au peuple ?

Annie Collovald est maître de conférences en science politique, université Paris X-Nanterre, membre du LASP-CNRS (Laboratoire d’analyse des systèmes politiques).

Ouvrages parus : Jacques Chirac et le gaullisme, biographie d’un héritier à histoires (Belin, 1999) ; L’humanitaire ou le management des dévouements. Enquête sur un militantisme de « solidarité internationale » en faveur du tiers-monde (Rennes, PUR, 2002).


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