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		<title>Et apr&#232;s ils te poussent &#224; la faute. Histoire d'un cadre sous-pression (S/A, n&#176;2) </title>
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		<dc:date>2008-11-30T23:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferrucio Riccardi et Laurent Willemez</dc:creator>



		<description>On &#233;voque beaucoup, depuis quelques ann&#233;es, le harc&#232;lement moral et plus largement les formes de psychopathologie li&#233;es au travail, dont les cadres seraient les principales victimes : des travaux de sociologie ou de sciences du travail, mais aussi des films et de tr&#232;s nombreux articles de presse ont popularis&#233; cette souffrance psychique li&#233;e &#224; la pression v&#233;cue par de nombreux cadres dans leur activit&#233; professionnelle. Au-del&#224; de la description concr&#232;te d'un exemple de harc&#232;lement, l'int&#233;r&#234;t de (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On &#233;voque beaucoup, depuis quelques ann&#233;es, le harc&#232;lement moral et plus largement les formes de psychopathologie li&#233;es au travail, dont les cadres seraient les principales victimes : des travaux de sociologie ou de sciences du travail, mais aussi des films et de tr&#232;s nombreux articles de presse ont popularis&#233; cette souffrance psychique li&#233;e &#224; la pression v&#233;cue par de nombreux cadres dans leur activit&#233; professionnelle. Au-del&#224; de la description concr&#232;te d'un exemple de harc&#232;lement, l'int&#233;r&#234;t de l'entretien qui suit est de montrer que ces formes de souffrance au travail ne constituent pas seulement des cas exceptionnels, mais qu'elles sont structurellement li&#233;es &#224; une position particuli&#232;re dans le monde de l'encadrement dans un milieu professionnel sp&#233;cifique. Si c'est ici celui du divertissement et du monde de la diffusion culturelle de masse dont il est question, on pourra tenter de transporter ces analyses dans d'autres espaces professionnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que ce champ est gouvern&#233; par une &#233;thique de la vocation et de la passion, il est le lieu d'un engagement total de la part de salari&#233;s, qui n'ont finalement pas l'impression de travailler mais de suivre une voie susceptible de les mener vers le succ&#232;s artistique. D&#232;s lors, ils ne comptent plus leurs heures de travail, m&#234;me si ni leurs salaires ni le concret de leur activit&#233; ne correspondent &#224; leurs aspirations. Ce n'est que quand appara&#238;t un d&#233;r&#232;glement, qu'il s'agisse d'une baisse de l'activit&#233; entra&#238;nant des licenciements ou du comportement pathologique d'un responsable hi&#233;rarchique, que l'envers du d&#233;cor est susceptible de se d&#233;voiler dans toute sa crudit&#233; : celle d'un monde du travail fond&#233; sur l'exploitation sans vergogne des plus faibles et sur l'utilisation de toutes les &#171; ficelles &#187; du m&#233;tier de gestionnaire des ressources humaines : recours au personnel pr&#233;caire (en particulier des stagiaires), extorsion de d&#233;missions ou invention de fautes afin d'&#233;viter des licenciements co&#251;teux, ou encore pressions multiples pour am&#233;liorer la productivit&#233; des salari&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus int&#233;ressant encore, l'inefficacit&#233; des protections et l'impuissance des agents charg&#233;s de les assurer face &#224; ces pratiques manag&#233;riales. Certes, le m&#233;decin du travail est un salari&#233; de l'entreprise, ce qui rend singuli&#232;rement difficile la mise en oeuvre de l'esprit d'ind&#233;pendance par ailleurs souvent revendiqu&#233;. De m&#234;me, on conna&#238;t, dans nombre d'entreprises, les pressions que vivent les repr&#233;sentants syndicaux, qui sont parfois devenus des agents charg&#233;s de la signature des plans sociaux et autres accords d'entreprise d&#233;rogatoires. Mais l'entretien rappelle aussi opportun&#233;ment la faiblesse insigne de la protection juridique en cas de licenciement : la proc&#233;dure n'est rien d'autre qu'un ensemble d'&#233;tapes purement fictives (&#171; quand tu re&#231;ois ta lettre d'avertissement, tu es mort ! &#187;) et il est mieux pour le salari&#233; d'&#233;viter le passage par les prud'hommes, qui semble co&#251;ter beaucoup plus qu'il ne rapporte. &#192; l'heure o&#249; les repr&#233;sentants des employeurs et les plus hautes autorit&#233;s de l'&#201;tat revendiquent un all&#232;gement de l'encadrement juridique du licenciement parce qu'il causerait des dommages &#224; la &#171; s&#233;curit&#233; juridique &#187; des entreprises, cet entretien propose un son de cloche fort diff&#233;rent, en montrant bien au contraire que le droit du travail remplit souvent tr&#232;s mal son r&#244;le de d&#233;fense des salari&#233;s les plus faibles. Et m&#234;me si la faiblesse de Paolo n'est que relative parce qu'il est &#224; l'abri de la pr&#233;carit&#233;, on se rappellera que, pour reprendre les expressions propos&#233;es par P. Bourdieu dans La mis&#232;re du monde, certaines &#171; mis&#232;res de position &#187; ne sont pas moins difficiles &#224; vivre que des &#171; mis&#232;res de situation. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Concr&#232;tement, tu faisais quoi... ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Grosso modo&lt;/i&gt;, ma formation est li&#233;e &#224; l'audiovisuel et &#224; la science politique. C'est-&#224;-dire que j'ai &#233;tudi&#233; la science politique en Italie, et en m&#234;me temps j'ai fait un cours du soir pendant quatre ans pour devenir producteur de cin&#233;ma. Donc j'ai toujours fait apr&#232;s de la radio, j'ai jou&#233; des r&#244;les dans des t&#233;l&#233;films et des films... tr&#232;s li&#233;s &#224; l'audiovisuel. Pour dire comment je suis arriv&#233; en France, j'ai fait le programme Erasmus &#224; Grenoble, &#224; l'IEP, o&#249; j'ai rencontr&#233; un tr&#232;s bon copain, qui ensuite est devenu journaliste &#224; T. Tout &#231;a &#224; la fin des ann&#233;es 1990. Moi, j'avais termin&#233; mes &#233;tudes de science politique en Italie, j'avais commenc&#233; &#224; collaborer avec MTV, la cha&#238;ne musicale en Italie, o&#249; j'&#233;tais journaliste. Et cette personne, qui est maintenant journaliste &#224; F., elle m'a appel&#233; parce qu'ils cherchaient une personne... Il fallait quelqu'un tr&#232;s branch&#233; football, tr&#232;s branch&#233; cin&#233;, media, internet, Milan... Il m'a appel&#233;, j'ai fait l'entretien. On m'a embauch&#233; tout de suite, et j'ai commenc&#233; en 2000. Comme cadre. J'&#233;tais chef de projet, et surtout dans le secteur Internet... Je suis arriv&#233; &#224; Paris compl&#232;tement paum&#233; car ils me demandaient des choses tr&#232;s bizarres... J'&#233;tais dans la filiale internet de T. Et l&#224;, tout le monde... internet, internet... on investissait beaucoup, on savait pas o&#249; on allait... Et on m'a embauch&#233; pour des choses tr&#232;s bizarres : on ne savait pas s'il y avait des contrats... Tr&#232;s floues, tr&#232;s difficiles &#224; g&#233;rer... Parce que tu arrives et tu n'as pas vraiment un r&#244;le, tu arrives dans un contexte que tu ne connais pas, tu es seul, etc... Mais l&#224;, c'&#233;tait internet, c'&#233;tait le d&#233;but d'internet, c'&#233;tait le d&#233;but d'un nouveau media. C'&#233;tait une chose unique. Unique. On m'a embauch&#233; pour traiter des contenus, surtout football... en sachant que moi je voulais d&#232;s le d&#233;but travailler dans le cin&#233;ma, et la responsable m'avait dit : on t'embauche pour &#231;a, mais apr&#232;s, tr&#232;s vite, j'ai travaill&#233; dans le cin&#233;ma. Donc j'avais une petite &#233;quipe, on faisait de la traduction, on g&#233;rait des contenus, tout &#231;a... C'&#233;tait tr&#232;s, tr&#232;s flou... mais &#231;a c'est Internet. Et puis &#231;a s'est cass&#233; la gueule. C'est-&#224;-dire qu'Internet allait tr&#232;s tr&#232;s mal, et l'entreprise a commenc&#233; &#224; virer les gens, premier plan social. Et moi comme cadre, il y a eu un Directeur des relations humaines qui m'a dit : &#171; regarde s'il y a dans la boite quelque chose en mobilit&#233; interne, parce que l&#224;, tu vas sauter &#187;. Et pour moi, &#231;a a vraiment &#233;t&#233; un bonheur, th&#233;oriquement. Parce que j'ai pu bouger o&#249; je voulais. Il y avait IT, qui &#233;tait la filiale cin&#233;ma de T, o&#249; j'ai voulu aller. J'ai rencontr&#233; la Direction des relations humaines (DRH), mobilit&#233; interne tout &#231;a. Et il y avait deux possibilit&#233;s : soit aller &#224; la vid&#233;o, pour le marketing des DVD, ou chef de produit marketing... soit quelque chose de plus pointu, chef de produit cin&#233;ma, donc s'occuper des march&#233;s du cin&#233;ma, des ventes &#224; l'international. C'est tr&#232;s pointu, parce qu'on parle de vente, business to business, avec des grands acheteurs, les distributeurs, avec des films qui sont en distribution. Donc tu fais les march&#233;s. Avant d'y aller, j'avais deux possibilit&#233;s, la vid&#233;o et le cin&#233;ma. Des amis &#224; l'int&#233;rieur m'ont dit : ne vas pas au cin&#233;ma, parce qu'il y a une personne qui est un fou, qui emm&#232;ne &#224; l'h&#244;pital tous les gens, il va te tuer. Va plut&#244;t aux DVD. Moi, j'ai voulu aller au cin&#233;ma, et je suis all&#233; au cin&#233;ma [...] Donc je suis all&#233; travailler avec cette personne ; &#231;a s'est pass&#233; assez bien pendant quelques mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Et c'&#233;tait ton sup&#233;rieur hi&#233;rarchique ? C'&#233;tait le chef de tout le service marketing cin&#233;ma ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il &#233;tait responsable marketing. Le directeur marketing &#233;tait quelqu'un de puissant, qui &#233;tait au-dessus. Moi, je dis que cette personne a envoy&#233; &#224; l'h&#244;pital beaucoup de personnes, et c'est vrai. Dans ma vie, je ne sais pas si je reverrai beaucoup de personnes comme &#231;a. C'est tr&#232;s difficile &#224; expliquer. Ce qui est tr&#232;s, tr&#232;s fort dans cette histoire, c'est qu'il y a une logique de multinationale qui est tr&#232;s, tr&#232;s... qui prot&#232;ge maintenant une personne comme celle-l&#224; quand il a derri&#232;re lui un dossier contre lui d'une &#233;quipe de cinq personnes qui sont tous en arr&#234;t maladie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous &#233;tiez combien, &#224; travailler avec lui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On &#233;tait cinq.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Et il y a eu un moment o&#249; les cinq personnes &#233;taient en arr&#234;t maladie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a eu un moment... Lui &#233;tait tr&#232;s prot&#233;g&#233; par son directeur. Il y a de l'argent derri&#232;re, hein, des millions d'euros. Il y a un moment o&#249; son assistante... surtout le boulot d'assistante, c'est un boulot de fou. Et lui, il a fait aller &#224; l'h&#244;pital quatre ou cinq assistantes. Avec des d&#233;pressions, des ulc&#232;res... Il &#233;tait toujours l&#224;. Il y a eu le m&#233;decin du travail, les syndicats... Toujours l&#224;... des audits, et tout. J'arriverai jamais &#224; vous dire la le&#231;on que j'ai tir&#233;e de &#231;a... La le&#231;on, c'est que... la protection du travail, &#231;a n'existe pas. &#199;a n'existe pas. C'est purement th&#233;orique. &#192; un moment, il y a eu un plan social, tout &#231;a... Il y a eu un moment o&#249; une &#233;ni&#232;me assistante est partie en arr&#234;te maladie, remplac&#233;e par une int&#233;rimaire, qui est partie elle aussi en arr&#234;t maladie. On &#233;tait deux chefs de produit, l'autre nana est partie en arr&#234;t maladie. Et une autre personne, qui &#233;tait graphiste, on devait travailler avec lui... Aussi en arr&#234;t maladie. &#192; un certain moment, moi je reste seul avec lui, avec tout le travail de quatre personnes. Je r&#233;siste, je r&#233;siste... Je tiens plus. Je tiens plus ! Bon, vous me connaissez pas trop, mais... J'ai fait une seule absence en cinq ans, je connais personne, personne qui a &#233;t&#233; absent un jour seulement en cinq ans... Moi, je suis un fou du travail. Mais il y a un moment o&#249; je tiens plus. Je me mets en arr&#234;t maladie aussi, et il reste seul. Il prend des int&#233;rimaires, des stagiaires etc... Voil&#224;. Impossible de le virer. Impossible. Je vais voir la DRH, en sachant que dans ma t&#234;te na&#239;ve, un DRH, c'est un directeur des ressources humaines, elle doit s'occuper des ressources humaines. Et normalement, un DRH, s'il voit que tous les cadres sont en arr&#234;t maladie, il fait quelque chose. Mais non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Parce qu'il est prot&#233;g&#233;... et m&#234;me le m&#233;decin du travail&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout le monde &#233;tait d'accord que c'&#233;tait un fou, qui... Et en plus c'&#233;tait pas nouveau. Rien &#224; faire. Impossible. Et quand tu es comme &#231;a, tu comprends que c'est fini pour toi. Parce que dans mon cas, il a mont&#233; un dossier contre moi. Lettre d'avertissement.
&lt;i&gt;
Et il ne l'a fait qu'avec toi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, l'assistante, apr&#232;s l'arr&#234;t maladie, elle a d&#233;missionn&#233;. Deux ont d&#233;missionn&#233;, une est partie avec un plan social. Une autre s'est mise d'accord avec lui et est partie... Moi, je suis rest&#233;. J'ai eu une lettre d'avertissement, &#224; laquelle j'ai d&#251; r&#233;pondre. Le cas concret, c'est qu'apr&#232;s cinq ans d'activit&#233;, ils se sont rendu compte que je faisais des fautes d'orthographe...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Parce qu'ils voulaient te virer ? Et tu l'as support&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah non, c'est impossible. Sinon, c'est l'h&#244;pital. C'&#233;tait du harc&#232;lement total. Et moi, quand j'entends harc&#232;lement moral, tout &#231;a... &#231;a me fait rigoler. Je ne sais pas si tu peux comprendre... C'est vraiment du harc&#232;lement tous les jours, des menaces, te pousser &#224; la faute tout le temps, tout le temps, tout le temps. Et en plus, un mec qui est connu par tout le monde... Moi, je suis all&#233; voir les syndicats de T, les syndicats ne font rien... Une impuissance ! Et ma seule aide, c'est un ami qui &#233;tait dans un autre service... parce que les syndicats, ils ont rien fait ; moi, j'y croyais, mais ils ont rien fait. C'&#233;tait une situation que... je sais pas... Tu sais pas quoi faire, tu ne sais pas vraiment quoi faire...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Moi, il y a quelque chose que je ne comprends pas : si tu r&#233;sistes, pourquoi te pousser &#224; la faute ? Pour quoi faire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait, c'est que T avait d&#233;j&#224; fait un plan social ; donc ils voulaient faire des &#233;conomies, donc ils voulaient virer des gens, donc ils ont vir&#233; sans plan social. Et ce qui s'est pass&#233;, c'est que... d&#233;j&#224;, c'est que T, qui veut se donner une image un peu cool, mieux que S, et en fait c'est pire. Et surtout, moi je d&#233;teste T pour &#231;a : c'est super hypocrite. Moi, je sais tr&#232;s bien que T, c'est une soci&#233;t&#233; cot&#233;e en bourse. Je sais tr&#232;s bien ce qui se passe, et j'aurais appr&#233;ci&#233; qu'on m'appelle et qu'on me dise : Paolo, tu co&#251;tes &#231;a et &#231;a. On veut faire des &#233;conomies, on n'est pas des philanthropes, on est cot&#233;s en bourse, on veut te virer, tire-toi. Voil&#224;, c'est la loi du march&#233;. Et je l'aurais compris. Et &#231;a, je trouve &#231;a normal. Dans la logique de la multinationale. Ce que je trouve pas normal, c'est envoyer des personnes &#224; l'h&#244;pital pour les virer. Et apr&#232;s, faire les gens cools, on est de gauche, tout &#231;a... C'est &#231;a qui est le plus grave. Et surtout, ce qui s'est pass&#233; m'a enseign&#233; une chose : quand tu bosses &#8211; cadre ou pas cadre &#8211; cadre, c'est tr&#232;s fort, parce que je bossais comme un malade, j'avais pas d'horaire, je finissais &#224; minuit. Parce que t'es responsable, donc tu peux pas te barrer &#224; cinq heures. Non. Donc tu te barres &#224; minuit. Ce qu'on nous raconte, la France, l'&#233;galit&#233;, la culture du social... non. Pire que les &#201;tats-Unis. C'est pire. Parce qu'aux &#201;tats-Unis, ils sont pas hypocrites, ils disent : Paolo, j'aime pas ta coupe de cheveux, tu prends tes affaires, tu t'en vas demain. Ici, c'est pire, parce qu'ils le font quand m&#234;me... Et tu dois te barrer. On m'a chass&#233; de cette boite. Parce que quand tu prends une lettre d'avertissement, une lettre bidon...
&lt;i&gt;
Et c'&#233;tait quoi cette lettre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait pour des fautes d'orthographe... Apr&#232;s cinq ans de travail, c'est bizarre non ? Et apr&#232;s, ils te poussent &#224; la faute. Le mec, il te dit de rester jusqu'&#224; minuit, il te dit de faire des choses, tu les fais... et c'est pour te pousser &#224; la faute, il te fait faire des choses qu'il ne faut pas faire pour te faire faire une faute ! C'est des trucs abominables. Par exemple, il te fait envoyer un fax &#224; quelqu'un, et il ne fallait pas le faire, Apr&#232;s, tu entres dans des trucs... tu demandes que tout soit par &#233;crit, par e-mail, tu fais plus rien ; tu as la trouille... tu te dis : tu travailles pour quoi ? Tu travailles pour une &#233;quipe, ou tu travailles pour te prot&#233;ger ? Bon, tu re&#231;ois une lettre d'avertissement, tu dois r&#233;pondre. Mais c'est termin&#233; pour toi, tu as perdu. Tu es dehors. C'est termin&#233;. Donc tu r&#233;ponds, tu vas voir un avocat pour r&#233;pondre comme il faut. Mais c'est termin&#233;. Tu est dehors dans 3 mois, 6 mois, un an, mais tu es dehors... Et si tu ne r&#233;ponds pas, tu es dehors encore plus vite. Parce qu'ils t'en envoient une autre, et la troisi&#232;me, tu es dehors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donc, je vous explique une chose pour la couleur sympa : il y a un film tir&#233; d'un tr&#232;s beau livre d'un auteur italien, GP... Le livre est de 68, les droits d'adaptation ont &#233;t&#233; achet&#233;s. Ils font ce film-l&#224; coproduit par IT et je re&#231;ois le sc&#233;nario, je le publie, je suis seul dans l'&#233;quipe d&#233;sormais, je dois tout faire... nous on sortait &#224; Cannes une sorte de fascicule tr&#232;s &#233;l&#233;gant avec tous les films, une sorte de catalogue fait comme un magazine de cin&#233;ma. Et donc mon chef me harc&#232;le pendant toute une journ&#233;e : je dois absolument joindre l'auteur pour l'interviewer, pour mettre son interview, avec des photos, sur la brochure, pour le pr&#233;-vendre &#224; Cannes. J'appelle mon chef 3000 fois &#8211; il &#233;tait en d&#233;placement &#8211; pour lui dire que je ne peux pas joindre le romancier, il ne r&#233;pond jamais, ou il me menace par t&#233;l&#233;phone : non tu ne fais pas... il m'accroche tout le temps, il crie, ou il ne r&#233;pond pas... Il rentre de d&#233;placement, il me prend par la manche, il m'am&#232;ne devant la DRH : &#171; Paolo fait des fautes d'orthographe, et &#231;a fait deux jours que je lui dis d'aller interviewer GP... &#187; Alors moi, la DRH, je l'avais d&#233;j&#224; rencontr&#233;e, et elle savait que tout le monde &#233;tait en maladie... Je dis : &#171; &#231;a fait deux jours que j'essaie de te parler, que je te dis que c'est pas possible de faire cette interview, tu me raccroches au nez, tu me r&#233;ponds pas... Tu sais une chose : GP est mort, il y a longtemps, et je n'arrive pas &#224; te le dire. Je suis d&#233;sol&#233; de le dire devant la DRH parce que c'est pas un truc flatteur pour &#231;a. &#187; C'est l'anecdote qui fait rire, mais c'est vraiment un truc... M&#234;me quand tu as raison, tu es vir&#233;. Mais &#231;a sert &#224; rien de dire quoi que ce soit, parce que la DRH est d'accord avec tout le monde. C'est &#231;a qui est pire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s, quand tu es comme &#231;a, soit tu es super fort, mais c'&#233;tait pas mon cas, parce que j'&#233;tais d&#233;j&#224; pas bien au niveau physique, et seul. Tu peux pas continuer &#224; aller travailler comme &#231;a, parce que tu bosses comme un malade dix heures par jour, et tu sais que chaque seconde, tu peux pas bosser. Apr&#232;s, tu comprends que tu dois... tu vas faire des conneries parce qu'ils t'en font faire et tu vas &#234;tre vir&#233;. Et moi, je voulais pas faire de fautes. Soit tu r&#233;sistes et tu vas vraiment &#224; l'h&#244;pital, tu vas faire des fautes et ils vont avoir raison. Soit tu traites avec la DRH, par ton avocat. Qu'est-ce qui se passe ? Si tu vas aux prud'hommes, tu gagnes. Mais tu gagnes quoi ? Moi, j'avais quatre ans d'anciennet&#233; ; tu gagnes ce qui est l&#233;gal : tes cong&#233;s pay&#233;s et un mois pour chaque ann&#233;e de travail. Donc au niveau l&#233;gal, tu gagnes &#231;a. Mais &#231;a dure combien ? &#199;a dure un an et demi. Tu vas voir ton avocat, tout &#231;a. Tu dois aller souvent aux prud'hommes ; c'est dur, c'est humiliant, c'est le bordel... Pour quoi ? Pour 10 000 euros ? Alors une multinationale, c'est des millions d'euros. Ils disent : Paolo, on te file 10 000 euros, et tu t'en vas demain ; ou tu tra&#238;nes deux ans &#224; te faire humilier, tu n'as jamais fini, et tout &#231;a. Pour le principe, il faudrait le faire. Mais apr&#232;s, tu n'es plus libre dans la t&#234;te de chercher du boulot, tu es aux prud'hommes. Et le milieu du cin&#233;ma est tout petit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Et le fait d'aller aux prud'hommes peut nuire &#224; ta carri&#232;re ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Carr&#233;ment. C'est clair, &#231;a nuit. Si tu es dans le milieu du cin&#233;ma et que tu veux ouvrir un restaurant, pas de probl&#232;me ! Mais sinon, &#231;a nuit &#224; 100 %. Parce que le milieu du cin&#233;ma, c'est dix personnes. Il n'y a l&#224; rien de secret. Personne ne te donnera un travail derri&#232;re. Il y a tr&#232;s peu de travail, ils embauchent que des stagiaires, super-pistonn&#233;s. Tu sors de T, si tu arrives &#224; faire un entretien &#224; A, la personne passe un coup de fil, c'est termin&#233;. Apr&#232;s quand je faisais des entretiens, ils regardaient mon CV et ils me disaient : &#171; Vous avez r&#233;ussi &#224; travailler cinq ans avec ce type ? &#187; C'est un mec qui ne peut plus aller nulle part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu dis que c'est tr&#232;s individuel, sauf que ce que tu dis sur le droit fran&#231;ais apparemment protecteur et qui ne l'est pas du tout... &#231;a n'a rien de singulier. En fait, il y en a beaucoup, des gens harcel&#233;s comme toi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai. La le&#231;on que tu peux en tirer au niveau global, et pas personnel, c'est que vraiment il n'y a pas de protection sociale. Si on veut te virer demain, c'est vraiment facile. Parce qu'on peut, avec beaucoup de charge de travail, on peut te mettre en difficult&#233; ; c'est des dossiers tr&#232;s chauds, tu dois g&#233;rer beaucoup de choses importantes, personne n'est parfait, tu peux faire des fautes ; si tu n'es pas prot&#233;g&#233;, tu fais deux ou trois fautes, et on t'envoie une lettre d'avertissement. C'est super facile. Une fois que tu l'as, tu es dehors. Franchement, c'est facile. Et m&#234;me s'ils te poussent pas &#224; la faute, la faute tu la fais. Surtout si tu bosses comme un malade : tu fais la faute, termin&#233;. Et en tout cas, vraiment, c'est mieux de traiter avec les deux avocats. Et un avocat, &#231;a co&#251;te tr&#232;s cher : 3 000 euros ! Pour quatre ou cinq lettres, et donc en fait, j'ai touch&#233; tr&#232;s, tr&#232;s peu. Mais au moins je suis sorti tout de suite. Et quand tu sors tout de suite, tu es libre, et apr&#232;s tu peux aller vivre en Australie tranquille et pas aller toutes les trois semaines aux prud'hommes. C'est aussi que quand tu arrives l&#224;... moi, j'ai souffert d&#233;j&#224; un an.
&lt;i&gt;
Mais quand tu parles des difficult&#233;s... c'est inimaginable de travailler pour quatre personnes. &#199;a fait un temps de travail hallucinant...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je travaillais de 9 heures 30 &#224; 21 heures 30. Bon alors moi, je dis tout le temps : je vois beaucoup de coll&#232;gues qui ont beaucoup de moments o&#249; ils peuvent regarder leur hotmail. Je vous jure que je n'avais pas une seconde pour regarder mon mail. Je pouvais aller faire pipi, mais je pouvais y aller 2 fois, pas trois. Bon, j'exag&#232;re. Mais tu te rends compte que c'est incroyable. C'est pas croyable. Une autre histoire : il y a quelqu'un d'autre qui a &#233;t&#233; vir&#233; &#224; cause de lui, qui fait une lettre de d&#233;part &#224; tout le monde, une lettre un peu faux-cul. Et de temps en temps, dans ces lettres qu'il a envoy&#233;es &#224; tout le monde, il a mis une lettre en italique. Et si tu prends toutes ces lettres en italique, c'est comme un code, il y a des menaces claires et nettes &#224; ce mec-l&#224;. Donc il y a des gens qui ont souffert. Mais au niveau global, il y a des protections qui font que malgr&#233; la m&#233;decine du travail, malgr&#233; tout &#231;a, c'est possible de prot&#233;ger une personne. C'est &#233;vident que des politiciens ont fait des choses, en France ou en Italie, mais ils restent l&#224;. Il y a eu la m&#233;decine du travail, les audits, tout &#231;a, mais rien. &#199;a sert &#224; rien. Les syndicats, &#231;a sert &#224; rien. Et moi, j'y croyais aux syndicats. Mais rien.
&lt;i&gt;
Mais comment &#231;a ? Ils ont fait quoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils sont venus avec moi &#224; la DRH, tout &#231;a. Et puis rien, &#231;a m'a pas prot&#233;g&#233;. Ils sont venus quelques fois avec moi. Mais tu es seul. Tr&#232;s seul.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Et au niveau des relations avec les coll&#232;gues ? Est-ce que &#231;a cr&#233;e de la concurrence ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Z&#233;ro. Moi, j'ai cherch&#233; de la solidarit&#233;, mais rien C'&#233;tait &#231;a le plus incroyable. Tu imagines, si tu es &#224; l'&#233;cole, et que tu as un prof super m&#233;chant, les &#233;l&#232;ves cherchent &#224; s'organiser. Et moi, j'ai cherch&#233; &#224; voir mes coll&#232;gues qui &#233;taient en maladie. On s'est retrouv&#233;s dans un caf&#233; : et rien, chacun faisait son truc dans son coin, et moi j'ai essay&#233; de proposer des choses en commun, mais rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi ? Ils ont peur ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout le monde a peur. Et tout le monde essaie de tirer le plus d'argent possible, donc il vaut mieux faire les trucs en secret, n&#233;gocier en cachette &#224; la DRH, plut&#244;t que de faire quelque chose en collectif. Moi, j'ai cherch&#233; na&#239;vement &#224; faire &#231;a, mais &#231;a n'a pas march&#233;. Et je crois que c'est &#231;a qui m'a fait le plus mal. Ce qui est vraiment incroyable, c'est que c'est &#233;vident que tu as raison, mais tu peux rien faire. Et si c'&#233;tait la premi&#232;re ann&#233;e ! Mais le mec, &#231;a faisait quatre ans qu'il le faisait. Mais la DRH &#233;tait d'accord avec lui, parce qu'il fallait &#233;cr&#233;mer. Oui, m&#234;me si les m&#233;thodes sont pas top, l'essentiel pour elle, c'est le r&#233;sultat. Le r&#233;sultat, c'est : on va &#233;conomiser 50 000 euros, et voil&#224;. Mais en plus, c'est vrai qu'il y a des cadres qui sont plus prot&#233;g&#233;s que d'autres. C'est clair qu'on se jette sur le plus faible. Paolo, c'est quelqu'un de c&#233;libataire, d'&#233;tranger, qui est le dernier arriv&#233; avec pas trop d'anciennet&#233;. C'est le plus faible qui est attaqu&#233;. Il a beaucoup moins de ressources &#224; tout niveau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Et pourquoi tu n'as pas l&#226;ch&#233; ? Par fiert&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, par fiert&#233;. Et &#224; un moment, na&#239;vement, j'ai cru qu'avec tout le monde en maladie, le mec allait sauter. Mais il est toujours l&#224;. C'&#233;tait une &#233;vidence pour moi. Et je suis all&#233; voir la DRH &#8211; je crois que c'est le truc le plus na&#239;f que j'ai fait de ma vie, je crois &#8211; je suis all&#233; voir la DRH, je lui ai dit : &#171; Vous &#234;tes en ressources humaines, toutes ces personnes sont en maladie, je suis le dernier, je tiens plus. Aidez-moi &#187;. Vous vous rendez compte comme j'ai &#233;t&#233; na&#239;f quand je lui ai dit : &#171; aidez-moi &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Et apr&#232;s on met du temps pour s'en remettre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'ai encore dans la t&#234;te. Apr&#232;s, je suis quelqu'un qui a beaucoup investi sur le cin&#233;ma. Donc pour moi c'&#233;tait pas un boulot comme un autre. C'&#233;tait un projet de vie, donc &#231;a m'a vraiment d&#233;chir&#233; totalement. Apr&#232;s, si tu fais un boulot comme un autre et que tu es froid et distant des choses... Apr&#232;s, c'est vrai que &#231;a peut aussi aider beaucoup d'avoir une famille, des gens qui comptent sur toi, c'est tr&#232;s tr&#232;s dur d'&#234;tre seul et &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Et le fait qu'on soit dans le cin&#233;ma...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est tr&#232;s, tr&#232;s violent. Parce que tu investis beaucoup. J'investissais beaucoup au niveau t&#234;te, au niveau temps : on avait trois march&#233;s &#224; pr&#233;parer sur l'ann&#233;e, et l&#224;, on bossait tous les samedis-dimanches. Tous les soirs. Mais beaucoup, comme des tar&#233;s. Mais je le referai. Parce que c'est ma passion. Je le referai. C'est une tellement belle chose de travailler dans le cin&#233;ma. Donc je le referai, sans m'&#233;pargner.
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Et du coup, tu as retrouv&#233; du travail...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je n'ai plus retrouv&#233; un vrai travail. L&#224;, je travaille dans la musique, avec un statut d'employ&#233;, avec un salaire qui est la moiti&#233; de ce que j'avais. Impossible. Dans les milieux du cin&#233;ma, comme cadre... c'est pas un hasard si toutes les entreprises virent dans le monde du cin&#233;ma. Ils ont &#233;norm&#233;ment &#233;cr&#233;m&#233;. Moi, j'ai plus l'espoir de trouver un travail... La musique c'est pareil... Mais c'est mieux que d'&#234;tre employ&#233; que cadre !
&lt;i&gt;
Et pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que le travail que je fais maintenant, c'est le m&#234;me que celui que je faisais avant. Mais au moins tu sais que... si tu veux sortir &#224; 18 heures, tu sors &#224; 18 heures. Quand tu es cadre, tu as des projets, il faut les faire. En fait c'est surtout l'&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt;. Parce que j'ai un ami qui est &#224; Peugeot, il se casse &#224; 17 heures. C'est la grande industrie... c'est un autre esprit d'entreprise. C'est autre chose. L'&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt;, c'est que tu as des march&#233;s... moi, je bossais avec Los Angeles, donc c'est neuf heures de d&#233;calage. Ils commencent &#224; t'envoyer des e-mails &#224; 19 heures. Et donc &#224; minuit je suis encore &#224; Issy-les-Moulineaux. C'est quelque chose de diff&#233;rent. Et quand tu es cadre, tu dois assurer que tous les dossiers pour Cannes passent. Donc quand tu as les produits... Donc les mois d'avril et mai, c'&#233;tait presque tous les soirs rentrer avec le taxi, pay&#233; par l'entreprise, mais &#224; une heure du matin. Mais tu fais &#231;a parce que tu es cadre, et tu es content de faire &#231;a. Et dans la musique, l'&#233;v&#233;nementiel, c'est des trucs de dingues : il faut &#234;tre l&#224;. Cannes ouvre dimanche, le samedi, tu bosses vingt-quatre heures, si tu n'as pas termin&#233; les choses. Donc quand je dis : c'est mieux d'&#234;tre employ&#233;, c'est qu'en fait je me sens plus libre de dire : maintenant, je prends mon temps. Apr&#232;s, j'aime mon boulot, mais voil&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais tu allais sur les march&#233;s, non ? &#192; Cannes, tout &#231;a...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais faire quoi &#224; Cannes ? Je suis all&#233; trois fois, et la quatri&#232;me fois c'&#233;tait soit moi soit ma coll&#232;gue, je l'ai laiss&#233;e partir. Cannes, &#231;a veut dire se lever &#224; 6 heures, se coucher &#224; 3 heures du matin pendant quinze jours. La premi&#232;re fois, c'est top ; la deuxi&#232;me fois, tu n'as plus envie d'y aller. Tu es tout le temps sur les march&#233;s, avec un fou qui te harc&#232;le et qui t'insulte toute la journ&#233;e ; le soir tu as des d&#238;ners, des f&#234;tes. Mais pas des f&#234;tes... les f&#234;tes, c'est toi qui les organises. Tu dois accueillir tous les clients. Tu bosses... vingt heures par jour. Alors si tu es pay&#233; beaucoup, beaucoup, tu vas tenir. Mais comme &#231;a... &#192; 2 000 euros par mois, &#231;a tient pas. Tu bosses comme un mec qui gal&#232;re &#224; Wall Street et qui gagne 7 000 ou 8 000 euros quand &#231;a va pas bien. Et en plus l&#224;, tu as un boulot sans carri&#232;re, parce que... aussi, c'&#233;tait lui apr&#232;s nous, et donc il n'y avait pas d'&#233;volution possible. Franchement, j'&#233;tais tr&#232;s attach&#233; au fait que je suis entr&#233; &#224; T, j'adorais le cin&#233;ma, j'ai fait des courts-m&#233;trages... Quand j'ai vu que c'&#233;tait impossible, et que je suis all&#233; voir la DRH pour lui dire : &#171; Aidez-moi &#187;, c'&#233;tait aussi une mobilit&#233; interne. Mais ils voulaient me virer, donc...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Propos recueillis par Ferruccio Ricciardi et Laurent Willemez&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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