Le militantisme aujourd’hui : quelle nouvelle donne ?

mercredi 15 septembre 2010
par  Gérard Mauger
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Ce texte de Gérard Mauger a servi de trame à l’introduction d’un débat sur la question du militantisme, organisé par Espaces Marx à la fête de l’Humanité. Ce débat a réuni, de gauche à droite sur la photo ci-dessous, Patrice Cohen-Seat, Jacques Chabalier, Gérard Mauger, Maryse Dumas, Louis Weber.

- Constat d’allure triviale : les militants d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.

Mais ce « constat » n’est pas à l’abri des illusions d’optique (médiatique, politique et sociologique) : cf. perte de visibilité du mouvement ouvrier (de la classe ouvrière et des classes populaires).

- Question issues d’une entreprise collective qui s’efforce de cerner les multiples changements qui affectent les « acteurs de la transformation sociale » (« les militants ») : elles conduisent à s’interroger sur ce que l’état du militantisme aujourd’hui doit à l’état de la « demande d’engagement », à l’état de « l’offre d’engagement », à la réception et l’appropriation de cette offre d’engagement

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1°) Quelles aires sociales de recrutement et de mobilisation ?

D’où émane la demande d’engagement ?

De « la classe ouvrière » à la « petite bourgeoisie nouvelle » (enseignement et fonction publique : la syndicalisation, par exemple, croît avec le capital scolaire) : le secteur public succède-t-il à la classe ouvrière à l’avant-garde de la conflictualité sociale ?

Places relatives des femmes/hommes, des jeunes/vieux (retraités), des immigrés/français, du public/privé dans la nouvelle configuration salariale et dans le recrutement militant (associatif, syndical, partisan) ?

De façon générale, comment identifier ces « acteurs » - présumés - « de la transformation sociale » (au-delà de la controverse rituelle sur « les ouvriers, les techniciens et les ingénieurs ») ? Où passe aujourd’hui la frontière entre « eux » et « nous » ? (NB : Il y a aussi des militants de droite...)

En quoi, par ailleurs, l’offre d’engagement gouverne-t-elle la demande ? En dépit de la « casse industrielle », de la reconfiguration de la condition salariale (sous-traitance, extension des services par rapport à la production, etc.), les grandes entreprises et les secteurs à statut restent les zones d’implantation syndicale privilégiées (CGT) et - pour partie du fait d’une sorte de phénomène d’hysteresis des institutions (qui tendent à persévérer dans leur être), de « routine » ou de « bureaucratisation » - des secteurs entiers, comme le commerce, échappent à toute implantation syndicale : outre l’érosion, très inégale distribution des effectifs syndicaux 

2°) Quelles modalités de l’engagement militant ?

« Engagement total » (supposés caractéristiques du militantisme PC-CGT)/Engagement « à la carte » et « militantisme distancié » de « militants intermittents » ? « Remise de soi »/Autonomie revendiquée par rapport aux directions (cf. capital scolaire en hausse).

« Nouvelles générations » de militants ? « Rupture générationnelle » pose le problème des changements dans le « mode de génération » de ces nouvelles générations de militants :

- ressorts du militantisme : (défense des) intérêts matériels et symboliques (« dignité »), expérience de la condition salariale (et de la grève), conscience de classe, habitus de classe, héritages (militants, religieux)

- « carrières militantes » (« effet d’âge » et « disponibilité ») : interruptions, bifurcations, désengagements (cf.  turn over)

- « capital militant » : expérience militante, « formation » (par le PCF/apprentissage « sur le tas »), transmission de l’expérience militante, capital scolaire détenu /autodidactes (professionnalisation du militantisme), « rétributions du militantisme » (capital symbolique associé au militantisme dans les classes populaires, la pbn, le monde étudiant, le champ intellectuel)

3°) Quels champs d’investissement militant ?

On peut en distinguer trois :

a) Mouvements sociaux (engagement « associatif » ou « citoyen », « société civile »)

b) Mouvement syndical

c) Champ politique (partis politiques, organisations politiques non partisanes : LDH ou ATTAC)

Discrédit du politique au profit de l’attractivité prêtée aux « NMS » ?

Dévaluation du militantisme partisan / engagement associatif ou syndical ?

Le discrédit du politique renvoie, en particulier,

- à l’effondrement du PCF (à la dévaluation du « marxisme » et de la prophétie communiste),

- au discrédit de « la gauche de gouvernement ».

- à la persistance de l’humeur « anti-étatique » (sinon « anti-politique ») post soixante-huitarde (« libertaire ») (cf. « l’État jacobin » contre les régions, « l’État colonial » ou « post-colonial » contre le Tiers-Monde, « l’État policier » contre les libertés, etc.),

- à la persistance de l’humeur « anti-institutionnelle » post soixante-huitarde (qui trouve un écho dans le lexique associé à l’hégémonie libérale : individu, autonomie, responsabilité, projet, etc.) : « démocratie participative », « délibération collective » (AG), décentralisation/« centralisme démocratique », « coordinations » et/ou « réseaux »/institutions, etc.

Quels rapports entre « mouvements sociaux », mouvement syndical et champ politique ?

4°) Quelles « causes » ?

Au déclin (discrédit) du mouvement ouvrier (jugé « dépassé », « révolu ») et de la lutte des classes correspond, au début des années 1970 :

- l’essor des luttes perpendiculaires aux clivages de classes, la construction de « nouveaux » clivages « identitaires » où Alain Touraine voyait « un nouvel âge de la contestation »  : de « genre » (cf. « féminisme »), d’orientations sexuelles (cf. mouvement « LGTB »), « ethniques » (« raciaux » ou « post-coloniaux ») et/ou « religieux » (cf. « communautarismes »), « géographiques » (cf. régionalismes), etc.

- l’essor de l’écologie

- les « luttes pour les droits » (de l’homme).

À ces « nouveaux fronts » (ouverts maintenant depuis plus de quarante ans... ou plus) correspondent, selon Alain Touraine, des « luttes post matérialistes », « qualitatives », opposées aux revendications dites « matérialistes », « quantitatives » (salaires, temps de travail).

Puis, avec le revival de « la question sociale » l’essor des luttes des « sans » dans la périphérie du mouvement ouvrier : « sans emploi » (mouvements de chômeurs et précaires), « sans logement » (DAL), « sans papiers ». Pose la question du « peuple de prédilection » des intellectuels : « précaires » et « sans » (cf. engagements « humanitaires », « compassionnels »), « minorités visibles » (cf. « tiers-mondisme » contemporain).

Place des luttes des classes populaires ? des revendications quantitatives ? des luttes pour l’égalité ?

5°) Quels « répertoires de l’action collective » ?

Répertoire d’action stable (registre dit « ancien » ou « traditionnel » d’action collective associé aux conflits du travail : grève, manifestation)/« Nouvelles formes de lutte », « formes inédites de protestation » :

- cf. Internet / redécouverte du « militantisme de proximité » ;

- cf. emprise croissante du champ médiatique sur le champ politique, sur le champ syndical, sur les mouvements sociaux : essor des actions « pour médias » (flash mob de Génération précaire, de Jeudi Noir, des Enfants de Don Quichotte, plus ou moins démarquées d’Act Up) 

Au sein des conflits du travail :

- Concertation, négociation / conflit, luttes = luttes pour le monopole de la définition et de la représentation du syndicalisme « contestataire »/« responsable »

- JINT (Journées Individuelles Non Travaillées) en baisse avec pour corollaire la « grève par procuration » ou les « conflits dos au mur »/enquête REPONSE et grèves de moins de deux jours, débrayages, refus d’heures supplémentaires, pétitions, manifestations, etc. en hausse

- Enjeux interprofessionnels/Enjeux locaux (revendications spécifiques)


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