Parution du numéro 3 de la revue Savoir/agir

jeudi 27 mars 2008
par  Louis Weber
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Les discours sur le travail sont contradictoires. Il n’y a pas si longtemps, on nous annonçait sa fin. Jeremy Rifkin, un économiste américain, publiait un livre sur ce thème en 1995 qui sera traduit en France sous le titre précisément de La fin du travail. La troisième révolution industrielle, conséquence du développement technologique, s’accompagnerait nécessairement d’une diminution drastique de l’emploi. Le marché et la concurrence accentueraient le phénomène en contraignant les entreprises à diminuer les coûts et donc, dans la conception libérale, l’emploi prioritairement. Devant la pénurie annoncée des emplois salariés, l’objectif semblait être, pour compenser l’incapacité du salariat d’absorber toute la population active, de faire émerger une société « de pleine activité » plutôt que de « plein emploi », grâce au développement des activités associatives et du tiers secteur.

Quelques années plus tard, la croissance (temporairement) revenue, on annonçait au contraire le retour du plein emploi dans un avenir proche. La dernière campagne électorale a illustré ces contradictions, le candidat de la droite reprenant « sans complexe » le thème de la « valeur travail ». L’activité professionnelle était présentée comme la seule solution à l’intégration des individus dans la société, pour leur apporter estime et réalisation de soi. Elle (re)devenait même, simultanément, la clé du développement économique et de l’augmentation des salaires : « Travailler plus pour gagner plus ». De ce point de vue, on peut dire que la gauche lui a abandonné un thème qui était pourtant à la base des analyses marxistes de la société.

Dans ce dossier, on essaiera au contraire de montrer que la question du travail devrait être traitée comme une des pierres angulaires du débat politique, y compris dans ce qui aujourd’hui divise la gauche.

Partant d’un texte de Pierre Bourdieu sur la « double vérité du travail », Laurent Willemez montre précisément en quoi consiste cette ambivalence. Le travail est source de socialisation et d’émancipation, même si cette fonction est brouillée et même détournée à travers la « culture d’entreprise » et la « gestion des ressources humaines » telles que les conçoit le patronat. Il est en même temps un espace où le salarié est dominé et qui génère de l’insécurité. Celle-ci est multiforme : de l’instabilité et de la précarité de l’emploi à l’insécurité physique et aux menaces pour la santé, y compris la santé mentale. Dans ce contexte, un des enjeux est de produire à nouveau du collectif dans un monde aujourd’hui gagné par l’atomisation et l’anomie. C’est la condition pour que le travail reprenne sa place dans la vie de l’individu, au même titre que les autres espaces de sa vie, pour contribuer à son épanouissement.

Michel Husson montre en quoi le projet gouvernemental, au-delà des apparences et des déclarations, est en fait un projet de régression sociale, qui aura pour effet de dévaloriser le travail et non de le revaloriser. L’exonération des heures supplémentaires de toute cotisation et la possibilité de « monétiser » les journées de RTT ont tous deux pour effet de tendre à vider la notion même de durée légale du travail de son sens. Seule l’augmentation du temps de travail individuel permettra, dans les faits, aux salariés de gagner un peu plus sous l’effet conjugué de compléments salariaux se substituant à une augmentation générale des salaires. Le « président du pouvoir d’achat » sera donc très probablement celui d’un nouveau transfert de charge sur les salariés.

L’ambivalence déjà évoquée se retrouve dans le droit du travail, comme le rappelle Jérôme Pélisse. Il montre comment les trente-cinq heures ont été progressivement délégitimées, jusqu’à devenir un épouvantail dans le débat politique. Si elles ont créé des emplois, elles ont aussi accentué la segmentation du salariat et, le rapport de force étant ce qu’il est dans les entreprises, été prétexte à contraindre les salariés à accepter davantage de flexibilité.

Dans la panoplie des outils dont dispose le patronat pour déstabiliser la situation des salariés, la compétence occupe aujourd’hui une place de choix. Frédéric Neyrat rappelle les principales étapes de cette histoire (récente) qui, en moins de vingt ans, a bouleversé les modes de gestion dans les entreprises, mis en péril les qualifications des salariés et qui gagne aujourd’hui les systèmes d’éducation et de formation. Les chômeurs n’échappent pas à cette emprise. Pour eux comme pour les salariés ayant un emploi, ce sont les garanties qui passent à la trappe.

Lilian Mathieu, pour sa part, s’attache à faire comprendre, à partir de l’exemple de luttes dans des secteurs où la précarité est la règle, qu’il existe toujours une composante morale, plus ou moins explicite, dans les mobilisations collectives. Quand les salariés luttent pour l’amélioration de leurs conditions de travail ou d’emploi, ils revendiquent en même temps quelque chose qui est de l’ordre de la reconnaissance de leur travail. Ce qui invalide les tentatives d’opposer luttes « matérialistes » et luttes « identitaires » ou « morales », tentatives qui, pour certains courants de la sociologie, sont aussi une manière de disqualifier les premières en les renvoyant dans l’archaïsme.

Comment les conditions de travail ont-elles évolué ces dernières années ? Avec quelles conséquences pour la santé des salariés ? Va-t-on vers une amélioration des conditions de travail sous l’effet du progrès technique ou vers une détérioration générale ? Michel Gollac et Serge Volkoff donnent leurs réponses à ces questions à partir des diverses enquêtes qui ont lieu régulièrement sur ces sujets.

Sommaire

Éditorial

Le retour des revendications salariales, par Frédéric Lebaron

Dossier

Le travail : ambivalence et contradictions

Le retour de la question du travail, mythes et réalités, par Laurent Willemez

Plus longtemps, plus flexible, moins cher, par Michel Husson

Retour sur les 35 heures et ses ambivalences, par Jérôme Pélisse

Le travail à l’épreuve de la compétence, par Frédéric Neyrat

L’exigence de reconnaissance dans les luttes des salariés, par Lilian Mathieu

Les conditions de travail aujourd’hui, entretien avec MichelGollac et Serge Volkoff

Grand entretien

Libres propos avec Robert Castel et Gérard Mauger : Les dernières métamorphoses de la question sociale

Paroles 

Les 37 ans et demi pour tous et pas seulement pour les cheminots

La rhétorique réactionnaire

Réforme, par Gérard Mauger

Chronique de la gauche de la gauche

Pour une gauche de gauche, diagnostics pour agir, par Louis Weber

Actualité

Une grille de lecture de la crise financière, par Isaac Johsua

Les élections municipales sont-elles politiques ? Enjeux locaux, enjeux nationaux par Michel Koebel

Europe

Au-delà du « déficit démocratique », par Hélène Michel

Politiques d’ailleurs

Abou Ghraib et le spectacle de la guerre, par Robin Adèle Greeley et Michael R. Orwicz

Die Linke, le nouveau parti de gauche allemand, par Michael Brie


Documents joints

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Où on parle du numéro 17 de la revue : http://www.association-ozp.net/spip... (...)